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L'OEA garde ses sanctions... en réserve
En dépit d'une campagne tous azimuts animée par les États-Unis pour utiliser Haïti comme un «cas test» pour les dispositions interventionnistes et coercitives de la «Charte démocratique interaméricaine» ratifiée récemment, l'OEA a convenu d'une résolution de «compromis» consistant au renouvellement automatique du mandat de son secrétaire général César Gaviria de s'ingérer dans les affaires internes haïtiennes.

De façon encore plus pernicieuse, la résolution prise ce mardi 15 janvier réclame l'établissement d'une Mission de l'OEA sans limite de durée en Haïti, qui aurait le pouvoir «de mener une enquête, d'évaluer la situation et d'aider le Gouvernement et le peuple d'Haïti à renforcer leur système et leurs institutions démocratiques».

La Charte démocratique interaméricaine est un accord inspiré par Washington qui avait été approuvé à Lima, au Pérou au lendemain du 11 septembre, et qui vise à permettre à l'OEA d'agir «lorsqu'il se produit dans un État membre des situations susceptibles d'avoir des incidences sur le déroulement du processus politique, institutionnel et démocratique ou sur l'exercice légitime du pouvoir». Des sanctions peuvent ainsi être prises contre un pays quand il y a «interruption inconstitutionnelle de l'ordre démocratique ou l'altération de l'ordre constitutionnel qui menace sérieusement l'ordre démocratique dans un État membre de l'OEA». Évidemment Washington reste le juge suprême en matière d'existence de «l'ordre démocratique».

La résolution finale adoptée lors de la session spéciale de ce mardi par le Conseil permanent de l'OEA, vers les huit heures du soir à la suite de longues et épuisantes manoeuvres diplomatiques fait exigence au gouvernement haïtien de mener «une enquête approfondie, indépendante sur les événements liés au 17 décembre et des jours suivants,... la poursuite de toute personne et le licenciement, le cas échéant de tout individu dont la complicité aura été établie dans les actes de violence perpétrés le 17 décembre et les jours suivants..., la réalisation d'une enquête approfondie sur tous les crimes politiquement motivés..., des réparations aux organisations et individus qui ont subi des dommages comme résultat direct des actes de violence du 17 décembre», outre d'inviter la nouvelle mission de l'OEA et «la Commission interaméricaine des droits de l'homme pour qu'elle (s) effectue (ent) une visite sur le terrain en Haïti».

Bien entendu il y avait l'inévitable rappel au gouvernement aussi «à renouer d'urgence les négociations sous le patronage de l'OEA».

Mais de façon évidente le but principal de la réunion consistait à faire en sorte qu'Haïti «réaffirme le mandat du secrétaire général... et, dans le cadre de la Charte démocratique interaméricaine, de lui demander de poursuivre, en consultation avec la CARICOM et le Groupe d'amis d'Haïti, ses efforts en vue de contribuer davantage à résoudre la présente crise politique en Haïti».

Dans ses remarques au cours de la session finale, Raymond Valcin, l'ambassadeur haïtien à l'OEA a déclaré que «malgré ses imperfections [sur lesquelles il n'a point élaboré], cette résolution constitue un instrument nettement équilibré». Et au cours d'une entrevue au téléphone avec Haïti-Progrès immédiatement après la rencontre de l'OEA, Valcin se montrait un peu moins «diplomatique». «C'est une victoire, nous a-t-il dit; Bien sûr, la lutte n'est pas finie. Nous ne pouvons pas nous reposer sur nos lauriers. Toute guerre se fait par étape. Cela représente un sursis, un souffle de répit, une occasion pour se réorganiser ou pour savoir ce que vous allez faire prochainement.»

Mais en réalité, il n'y a eu aucun gain ni de répit, car le gouvernement accepte toujours le loup dans la bergerie en autorisant l'OEA à s'ingérer dans ses affaires. C'est à se demander si Valcin n'aurait pas voulu être sarcastique en disant dans sa conclusion au Conseil permanent: «La délégation très certainement est encouragée de voir des pas importants effectués pour arriver à redéfinir les modalités d'intervention de l'OEA dans notre pays... la continuation et même le renforcement de la présence de l'OEA...»

Il a poursuivi pour saluer «l'esprit de flexibilité, de compréhension, et de bonne volonté que la délégation des Etats-Unis, l'ambassadeur Roger Noriega», tout en «envoyant des félicitations spéciales à deux membres de l'opposition haïtienne» qui étaient présents, en l'occurrence Victor Benoît du Konakom et Luc Mésadieu du MOCHRENA. Micha Gaillard était aussi présent durant toute la journée.

L'ambassadeur Noriega n'était cependant pas tout à fait satisfait du résultat. Il avait l'air de s'excuser auprès des hommes de la Convergence présents dans la salle quand il a déclaré que la résolution de compromis «n'était en aucune façon satisfaisante... Elle ne répond pas à nos attentes... C'était ce qu'il y avait de mieux que nous pouvions faire dans les circonstances actuelles». Il admettait que Washington était à l'origine du fait d'invoquer l'accord de Lima. «Mon gouvernement a exploré au cours des dernières semaines l'opportunité d'appliquer la Charte démocratique interaméricaine dans la situation que nous avons en Haïti actuellement», disait Noriega. «Cependant, le fait d'invoquer la Charte... n'implique pas toujours l'imposition de sanctions... En réalité, ce peut être un important outil pour aider un pays qui traverse une crise.» Mais il poursuivait pour déclarer: «Mais cette résolution ne représente pas le dernier mot sur ce sujet et non plus le chapitre final en ce qui concerne notre mise en oeuvre de la Charte démocratique interaméricaine.»

Il est un fait que la mission de Gaviria ne fera qu'accentuer la crise en Haïti. Comme le Council on Hemispheric Affairs (COHA) le signale bien dans une analyse publiée ce 15 janvier: «Un autre problème présenté par l'intervention de l'OEA, c'est qu'elle affaiblira le tissu démocratique du pays et éloignera encore davantage l'électorat haïtien des urnes. Les Haïtiens pour la plupart sont devenus assez amers de voir les États-Unis favoriser la Convergence et couper leur aide directe à Haïti, lui imposant un demi-blocus qui ne fait qu'appauvrir encore plus un pays déjà pauvre». COHA note aussi que, «curieusement, la communauté internationale semble être beaucoup plus concernée par les protestations qui ont suivi le coup que par la tentative de coup d'État elle-même».

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