La
Convergence reprend le collier
Une dizaine de jours après les événements
du 17 décembre, les dirigeants de certains des partis formant la
Convergence, tels ceux du Conacom et de l'OPL étaient à pied
d'oeuvre et réinvestissaient le jeudi 27 décembre leurs locaux
incendiés par des manifestants suite à la tentative d'assassinat
du président Jean-Bertrand Aristide. Les responsables de la Convergence
entendent reprendre le travail sur les «ruines» des sièges
de leurs partis, en attendant une reconstruction qui, on peut le deviner,
ne se fera pas trop attendre, vu le soutien moral - en attendant mieux
- qu'ils ont déjà reçu des représentants de
la «communauté internationale».
«Dix jours après tous les brigandages criminels que
le pouvoir Lavalas a faits dans le pays contre moi et les autres membres
de la Convergence, je suis venu vous dire que je suis bien vivant. Je ne
suis pas dans le maquis et je gagne les rues. Je gagne les rues parce que
je ne veux pas concéder à Lavalas les droits que j'ai comme
citoyen de circuler librement, d'exercer mes fonctions d'éducateur.
Je gagne les rues afin de continuer lutter sans violence contre la dictature
en Haïti» a dit le leader du Conacom Victor Benoît
qui a également mis le président Aristide en garde contre
toute «tentative de l'assassiner», en le mettant en garde à
l'aide d'un «proverbe chinois», comme il le confiait: «Il
est un mort qui pèse comme une paille; il est un mort qui pèse
comme une montagne», a-t-il déclaré. Il était
alors accompagné du secrétaire général adjoint
de son parti, Micha Gaillard, et de Serge Gilles, leader solitaire du Panpra.
A quelques mètres de là, sur les décombres du siège
de l'OPL, l'ancien sénateur Paul Denis et l'ancien président
du Sénat Edgard Leblanc tenaient eux une conférence de presse.
Leblanc en profitait pour dénoncer un délégué
de ville de Fanmi Lavalas, du nom de Obas, comme étant le meneur
de la foule qui a détruit ce jour-là les locaux des partis
de l'opposition. Paul Denis a dressé le bilan des pertes de la Convergence
à travers le pays: deux morts, une dizaine de sièges de partis
et une vingtaine de résidences privées de responsables saccagés
ou incendiés.
Heureusement que la communauté internationale n'oubliait point
«les siens». D'ailleurs, deux jours après les événements,
soit le mercredi 19 décembre, l'ambassadeur des Etats-Unis Brian
Dean Curran s'était empressé d'aller visiter les ruines de
la bâtisse de la Convergence à Pont-Morin. Il voulait constater
personnellement les dégâts, puisque la veille il avait déjà
envoyé des émissaires recueillir des informations sur place.
«Je suis ici aujourd'hui tout simplement pour voir avec mes propres
yeux ce que mes officiers ont déjà vu avant-hier et hier...
et pour souligner encore une fois le fait que les Etats-Unis condamnent
avec force ce qui s'est passé hier», avait dit Dean Curran
qui, pour maintenir un semblant d'équilibre, avait au moins déclaré
«tout à fait inacceptable» l'attaque contre le Palais
national, mais surtout l'incendie de ces locaux «sans avoir une
intervention efficace de la police». L'ambassadeur Curran menait
aussi sa petite enquête en interrogeant un gardien, lui demandant
«s'il y avait eu beaucoup de coups de feu tirés»
et «ce que criaient les manifestants», et s'informant
même «s'il se trouvait des policiers parmi eux...»
Ce jour-là se trouvaient sur les lieux pour l'accueillir des
dirigeants de la Convergence tels que Evans Paul alias K-Plim (KID), Paul
Denis, Edgard Leblanc, Roland Etienne Fils (OPL). Evans Paul n'avait pu
alors retenir ses élans de reconnaissance anticipée pour
crier: «C'est un geste de solidarité de la communauté
internationale. Nous apprécions l'attitude de solidarité
qui s'exprime à travers cette visite, mais c'est une attitude qui
s'est déjà exprimée par beaucoup d'autres ambassadeurs
qui ont fait le déplacement pour venir ici.» En effet,
cette visite était bon signe à tous points de vue et présageait
que le financement de la reconstruction ne saurait tarder. L'Union Européenne
n'a t-elle prévu de financer les activités de la «société
civile» haïtienne par le biais des fonds destinés au
renforcement de la démocratie et des droits humains en Haïti?
On peut incidemment dire au bénéfice du pouvoir Lavalas qu'il
n'a point cherché à utiliser les procédés de
l'opposition pour prétendre en l'occurrence que celle-ci était
l'artisan de la destruction de ses propres locaux afin d'en tirer profit
politiquement et matériellement.
|