Lavalas versus Convergence:
À l'heure d'une alternativeQuinze ans après le soulèvement populaire qui a entraîné la chute du dictateur Jean-Claude Duvalier, la déception s'avère grande au sein des masses populaires. En lieu et place du changement socio-économique promis et pour lequel elles ont durement lutté , elles ont vu au contraire leurs conditions de vie se dégrader d'année en année. En définitive, ceux qui avaient fait miroiter ces changements se sont discrédités aux yeux de la population. Mais avec un sans-gêne sans pareil, ils continuent à parler au nom de cette dernière. Dans leur lutte pour les privilèges du pouvoir politique de façade, les représentants politiques de la bourgeoisie aujourd'hui divisés autour d'une prétendue crise électorale négocient sous la houlette des mêmes patrons étrangers depuis bientôt huit mois. Le peuple en a donc de plus en plus marre, et de Fanmi Lavalas au pouvoir avec ses illusions et de ladite Convergence démocratique qui mise sur le temps et l'échec patent de ses rivaux aux abois. A croire que le peuple haïtien n'aurait le choix qu'entre ces deux pitoyables secteurs politiques qui ont déjà donné leur mesure.
Il ne peut donc plus être question de rester impassible face à une telle situation qui se dégrade constamment, et face à l'imposture de l'un et les machinations de l'autre pour en profiter. Pour une nouvelle fois alerter les patriotes et progressistes, prévenir et contrecarrer toute nouvelle chute dans un traquenard, le Parti populaire national (PPN) a fait le point au cours d'une conférence de presse spécialement sur ces questions à Port-au-Prince le mardi 23 octobre 2001.
De prime abord le secrétaire général du PPN, Ben Dupuy, a mis le peuple en garde contre les vendeurs de pays et les réactionnaires de la Convergence démocratique qui essaient sans vergogne de récupérer la déception populaire face à la dégénérescence de Fanmi Lavalas. «Il y a un mouvement de mobilisation que nous appuyons, que nous soutenons, à savoir au niveau de Cité Soleil, des Gonaïves et du Cap» avait en effet dit le 18 octobre le porte-parole de la Convergence Micha Gaillard, qui prétendrait ainsi revendiquer à son avantage les propos et protestations de certains éléments du peuple, notamment à Cité Soleil où des jeunes membres d'organisations populaires avaient crié «à bas Aristide!» et déchiré des affiches du président en signe de mécontentement soit par rapport à la situation générale soit par rapport aux brutalités policières dans ce bidonville de la capitale. Gaillard ne manque pas d'audace, quand on sait très bien que la Convergence ne mise que sur l'étranger pour vaincre Lavalas tout comme les mauvais affranchis et colons exploiteurs esclavagistes misaient sur Bonaparte, Leclerc et Rochambeau pour mater les velléités autonomistes de Toussaint Louverture.
De son côté, le représentant national de Fanmi Lavalas, le sénateur Yvon Neptune s'est finalement ouvert les yeux le 19 octobre pour lancer bien tardivement avec un semblant de courage: «C'est le "laboratoire" (la CIA et le Pentagone) qui a créé la Convergence et l'Initiative de la société civile; le laboratoire contrôle l'OEA qui a elle-même inventé une crise politique... L'OEA a mis sur la table des négociations une chaîne pour les pieds du peuple et une corde pour le cou de Fanmi Lavalas». C'est une lapalissade qu'on ne saurait contester. Mais pourquoi avoir tant attendu pour clamer une vérité que le Parti populaire national clame depuis toujours? C'est que Fanmi Lavalas commence à se rendre à l'évidence que sa politique de l'autruche, les nombreuses concessions qui ont fini par la défigurer, sa politique de «marronnage louverturien» ont laissé de marbre ses ennemis ou adversaires locaux et étrangers. «Fanmi Lavalas rêve les yeux ouverts, quand il parle de célébrer 2004. Il est déjà trop tard pour lui. Tous les marchandages avec Washington, l'OEA, la Convergence et la Société civile ne lui serviront à rien. Entre-temps le peuple commence à lui tourner le dos, même s'il ne veut pas encore l'admettre. Le peuple s'est rendu compte qu'il a trahi les idéaux du 16 décembre: 'Justice, Transparence et Participation', en cherchant à amadouer les macoutes, la bourgeoisie patripoche, Washington, etc. Il a introduit au gouvernement de grands macoutes et de grands putschistes comme Gary Lissade, Marc Bazin; de grands dilapidateurs de fonds publics sous Jean-Claude Duvalier tels que Stanley Théard et une kyrielle d'autres grands filous dans tout l'appareil de l'Etat», a expliqué le leader du PPN qui a également dénoncé les scandales, les entraves à la justice. Et pour comble «Fanmi Lavalas disait avant les élections vouloir investir dans l'humain, alors que le peuple le voit investir 42,5 millions de gourdes dans l'acquisition d'une villa pour un Premier ministre quasi muet et invisible», a indiqué Dupuy. Ainsi, a-t-il poursuivi, le président Aristide ne croit pas vraiment dans le peuple, car au lieu d'organiser le peuple et se tenir prêt pour contrer l'autre coup d'Etat qui viendra à coup sûr, il s'évertue à continuer la même vieille politique d'avant le 30 septembre 1991. Il pensait alors à tort pouvoir amadouer les Forces armées d'Haïti. Autant de causes profondes des aléas d'aujourd'hui. «L'attaque du 28 juillet 2001 n'était qu'un avant-goût, un test, une répétition générale. Les comploteurs étaient venus tester le terrain. Le président Aristide à l'instar de Toussaint Louverture fait du marronnage avec les nouveaux colons étrangers, alors que la Convergence fait du dilatoire pour donner le temps à ses mercenaires de fourbir leurs armes de l'autre côté de la frontière en attendant de s'emparer de lui», a prévenu le secrétaire général du PPN qui considère la République dominicaine sous la férule de ses généraux comme une base arrière de la Convergence et d'autres ennemis du peuple haïtien. De ce qui précède, il est évident que Fanmi Lavalas et la Convergence démocratique jouent au même jeu sur le dos et aux dépens du peuple haïtien. Néanmoins si le peuple en a par dessus la tête des mensonges de Fanmi Lavalas, ce n'est point aux opportunistes et aux renégats de la Convergence d'en recueillir les fruits.
Dans cette perspective le PPN «a lancé un appel à tous les patriotes, toutes les organisations populaires progressistes, tous les intellectuels progressistes, pour qu'ils se joignent à lui pour construire un Front alternatif en vue de barrer la route aux forces réactionnaires qui pensent pouvoir récupérer la déception du peuple face à Lavalas et se mettre avec les forces étrangères pour revenir avec le même vieux système vomi par le peuple en février 1986».