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4 au 10  Juillet  2001
Actualité politique


Zéro tolérance: au-delà des
slogans et de la conjoncture?

«Nous n'allons pas tolérer l'insécurité dans le pays. Je veux, j'ai décidé que tous les Haïtiens vivent en paix. Les zenglendos ne doivent pas pouvoir les menacer. Il n'est pas acceptable que vous soyez déjà dans la misère pour subir encore la crainte des criminels. Nous n'allons pas tolérer cela», c'est ce qu'a déclaré le président Jean-Bertrand Aristide le 27 juin devant l'ancien local du Corps du génie de l'ex-armée d'Haïti, située à la rue St Martin où il venait poser la première pierre d'un parc public pour les jeunes. Cette visite entrait dans le cadre des festivités de la fête de Notre-Dame du Perpétuel Secours, patronne du quartier du Bel-Air. Il a donc réitéré sa ferme volonté de combattre l'insécurité dans le pays, et du même coup apporté des précisions à ses déclarations faites une semaine plus tôt à la Direction générale de la police nationale (PNH). Ses propos avaient alors alimenté l'opportunisme de l'opposition.

«La justice doit faire son travail. Quand la police remet à la justice un individu fautif, la justice doit l'écouter et le sanctionner selon la loi», a cette fois déclaré le chef de l'État pour ne point laisser place à toute interprétation abusive voulant faire croire qu'il aurait précédemment donné carte blanche aux policiers pour faire eux-mêmes justice. En effet cette rectification a paru satisfaire ceux qui honnêtement craignaient les dérapages et les bavures et les exécutions sommaires. Ainsi Pierre Espérance de la NCHR (Coalition nationale pour les droits des Haïtiens) a plus ou moins acquiescé: «Bon! En tout cas, il a apporté des précisions. Que devons-nous dire, eh bien, nous observons», a-t-il lancé.

Soutenant le président Aristide dans sa campagne contre l'insécurité, les lavalassiens y voient un des plus sûrs moyens d'encourager en Haïti les investissements étrangers et locaux. «Nous lançons un appel aux détenteurs de grands capitaux en Haïti et à l'étranger. Nous les encourageons à venir investir dans le pays, nous leur promettons que le pays marchera vraiment», a déclaré le député Francky Edilus. Il y a bien d'autres choses, et pas des moindres, qu'il faudrait promouvoir pour attirer effectivement les investisseurs. Cependant, qu'on le veuille ou non, dans le quotidien les propos du président de la République paraissent avoir créé un nouveau climat de «sécurité», sinon dans tout le pays, mais au moins dans l'agglomération métropolitaine. Pour combien de temps, on ne sait?

Nombre de chefs de gangs, d'hommes de main et de zenglendos, sans doute déjà identifiés par la Police, se seraient déjà réfugiés en province où la population ne se fait pas prier pour les dénicher ou les dénoncer à la police. C'est ainsi que la police de Léogâne a mis la mis sur quatre présumés zenglendos le 27 juin. Ce qui porte à quatorze le nombre de bandits avérés ou présumés appréhendés dans cette région, d'après le commissaire Michel-Ange Jean-Baptiste. Le même jour la police de Jérémie, dans la Grand'Anse procédait à l'arrestation de quelques uns de ces «réfugiés». Le directeur départemental de la police de la Grand'Anse, Jean Robert Faveur, a indiqué que quatre d'entre eux étaient déjà recherchés activement dans le quartier de Fort-National à Port-au-Prince, d'où ils sont originaires. Tant mieux si ces mesures apportent un certain soulagement à la population, mais on craint qu'elles ne soient que superficielles et que leurs résultats ne soient que conjoncturels. Car tant que l'administration de la justice demeurera ce qu'elle est, on ne peut parier sur la pérennité de cet «état de grâce». A titre d'exemple, on peut citer les affrontements sanglants survenus à Fort-Mercredi il y a une quinzaine de jours, où le président de la République a cru pouvoir amener la paix par une rencontre conjointe avec les belligérants, tandis que des fonctionnaires connus de la mairie, qui ont pris part à l'hécatombe (plus d'une dizaine de morts), ne sont point inquiétés ni même convoqués par la justice. Et on ne peut s'empêcher de revenir en l'occurrence avec le dossier de l'assassinat de Jean Dominique. Quand on imagine que l'enquête judiciaire sur des meurtres aussi crapuleux que ceux commis sur la personne du directeur de Radio Haïti Inter, le journaliste Jean Dominique et de son employé Jean-Claude Louissaint ait été bloquée par divers moyens alors qu'on était en droit de croire qu'elle allait finalement aboutir après une année d'instruction, on ne peut que douter de l'efficacité de l'action policière face à de grosses légumes. Et ceci n'est point un exemple isolé, puisque aucune démarche n'aura été entreprise pour solutionner d'autres affaires précédentes. Autant dire que certains criminels se croiront toujours au-dessus de la loi et pourront tout aussi bien étendre leur protection à leurs hommes de main qui, eux, attendront la fin de l'orage pour reprendre leurs activités criminelles.

Pour terminer, il est très difficile de croire tout à fait au slogan «zéro tolérance» tant qu'un ministre, comme celui du Commerce, ou un sénateur tel Dany Toussaint ne seront pas tenus, même pour «l'exemple», à l'instar de tous les citoyens, de se soumettre à la justice d'un tribunal impartial qui devra décider de leur innocence ou de leur culpabilité.
 

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