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25 Avril au  2 Mai 2001


Un Sommet au service de Washington

Le vrai but du Sommet des Amériques, tenu dans la ville de Québec du 20 au 22 avril, était de promouvoir et confirmer la domination économique et politique des États-Unis sur l'hémisphère occidental. Cette Zone de libre-échange des Amériques doit lui servir d'outil pour renforcer ses positions face à l'Union européenne. La ZLEA sera une zone de libre-exploitation pour les grandes firmes américaines, une chasse gardée au service de ses multinationales.

La clause «démocratie», que le Premier ministre du Canada, Jean Chrétien, s'est laborieusement astreint à vouloir continuellement expliquer et, encore lors de la Déclaration finale, que «tout pays qui en dérogera sera exclu du processus du Sommet des Amériques, de la Banque interaméricaine de développement», etc., ressemblait plus à des menaces contre d'éventuels contrevenants aux objectifs de Washington. C'est faute de démocratie, d'après Chrétien, la raison de l'exclusion de Cuba de ce Sommet; de manque de démocratie aux dernières élections, toujours d'après Chrétien, qu'une mission de l'Organisation des États américains (OEA) se rendra à Port-au-Prince.

Mais parlant de démocratie, le Premier ministre canadien était très mal placé avec l'orgie de moyens répressifs mis en place pour protéger ce Sommet. Le gouvernement canadien a dépensé $100 million de dollars (CAN) pour ses mesures de sécurité, incluant la construction d'un grillage de 4 mètres de hauteur reposant sur du béton sur un périmètre d'environ 4 kilomètres, 9000 agents de quatre corps de police et des militaires, sans compter le gaz lacrymogène en quantités industrielles que les policiers lançaient sans arrêt, comme un jeu. «Notre gouvernement a oublié de pratiquer ce qu'il a prêché», écrit dans le quotidien Globe and Mail de ce mardi 24 avril l'ex-haut fonctionnaire canadien Sinclair Stevens, qui était en visite dans la ville de Québec au cours du Sommet. Et si les chaînes publiques de télévision (les réseaux francophone et anglophone) avaient été mises à contribution par Ottawa pour faire passer les manifestants pour un «petit groupe de casseurs», Stevens témoignant de sa propre expérience sur les lieux confirme ce auquel nous avons pu assister: «Le week-end dernier, j'ai été choqué par les événements qui se sont déroulés dans la ville de Québec. Choqué par ce que j'ai pu voir, et atterré par ce que ma femme, Noreen, et moi avons vécu personnellement... Notre gouvernement est totalement dans l'erreur de se conduire d'une manière qui suggère que nous avons oublié ce que c'est que la démocratie... Certains diront qu'une poignée de manifestants n'a pu être contrôlée et a forcé la police à intervenir; je ne peux accepter cette explication. L'action policière à Québec, obéissant aux ordres de notre gouvernement, était en elle-même une provocation - une violation de toutes nos libertés...» (Globe and Mail, id.).

Les jeunes de la ville de Québec, étudiants et ouvriers unis, aussitôt qu'ils eurent appris la tenue de ce sommet et la construction de ce «mur de la honte», ont entrepris de s'organiser. Ils ont passé le mot aux autres jeunes de l'Amérique du Nord à travers l'Internet, par téléphone, rencontres, conférences, feuillets, etc. Leur message et leur but étaient clairs: la globalisation signifierait la fin de la souveraineté, de l'indépendance, ce serait une victoire du capital et du profit aux dépens des besoins de l'humanité. La libre circulation des capitaux et non la libre circulation des travailleurs ne feront qu'asservir davantage les peuples de l'hémisphère au complet.

L'ALENA a déjà détruit l'agriculture mexicaine et presque balayé l'industrie automobile canadienne. La ZLEA achèvera ce qui reste. Le Canada, y compris la province de Québec, perdra le droit de contrôler ses ressources hydriques; l'éducation et les soins de santé seront privatisés.

Les dirigeants gouvernementaux pensaient pouvoir coopter les manifestants en octroyant un lieu de rassemblement à environ cinq kilomètres du siège du Sommet. À l'endroit en question, des dirigeants syndicaux «jaunes» s'étaient arrangés pour y amener leurs membres et de nombreux autres participants pour une espèce de «happening folklorique» avec un défilé le dernier jour, pour donner le change. Une centrale syndicale avait même trouvé moyen d'organiser une rencontre à huit heures de voiture de la ville de Québec.

Mais tous ces stratagèmes, ces diversions n'allaient pas empêcher des gens venus de partout, ceux qui avaient pu traverser la frontière canadienne et des jeunes d'autres provinces, de se rapprocher du «grillage de la honte» pour y effectuer symboliquement une brèche. Finalement ils réussissaient. Mais les policiers habillés comme des astronautes, casques, lance-bombes lacrymogènes, matraques, se déchaînaient, sortaient de leurs fortifications en force et en rangs serrés pour attaquer des gens sans défense, les aspergeant d'abord de gaz. L'atmosphère était si tendue que certains chefs d'État, malgré les fortifications devaient rester où ils se trouvaient. Par exemple, le président dominicain, qui avait rendez-vous avec le président Aristide le samedi dans l'après-midi, recevait des instructions qu'il ne pouvait pas bouger de l'hôtel Hilton où il se trouvait. Les gaz lacrymogènes étaient partout, et le président brésilien Henrique Cardoso, comme l'ont rapporté les journaux, avait les yeux en larmes en arrivant à l'hôtel. Les protestations allaient se poursuivre de jour comme de nuit jusqu'à la fin du Sommet le dimanche 22 avril, et les policiers allaient poursuivre leurs démonstrations de force, et opérer plus de 400 arrestations. Et il était pitoyable de voir à la télévision le ministre provincial de la Sécurité Serge Ménard se vanter que «le système de sécurité utilisé à Québec allait désormais servir de modèle pour l'organisation de tels sommets dans le monde entier». Pourtant aucune ville n'en veut plus, et c'est le «yes-man» de Washington, l'actuel président de l'Argentine Fernando de la Rua qui a accepté que son pays soit l'hôte du IVe Sommet.

Finalement, qu'en est-il sorti de ce IIIe Sommet des Amériques qui réunissait 34 chefs d'État et de gouvernement? Rien de nouveau quand on sait que ce sont des «experts» qui ont déjà commencé à se rencontrer pour mettre au point la ZLEA. Ils ont bien signé un document connu désormais comme «La Déclaration de Québec», mais nous devons noter les réserves exprimées par le président Hugo Chàvez du Venezuela qui a particulièrement signalé qu'il entendait maintenir la «démocratie participative» au lieu de la «démocratie représentative» exprimée dans le texte.

Cette déclaration d'environ 8 pages se diviserait formellement en 8 chapitres outre le préambule: Démocratie, Paix et sécurité, Sida, Zléa, Environnement, Énergie, Culture, Droits et liberté. En fait dans les grandes lignes, cela pourrait paraître comme un texte sans grande nouveauté. En effet on ne voit pas de grande différence entre le contenu des deux premiers titres et ce que disait déjà en avril 1965 le président des Etats-Unis Lyndon Johnson lorsqu'il envoyait 40 000 de ses soldats envahir la République dominicaine pour combattre le mouvement constitutionnaliste dirigé par le colonel Francisco Caamaño Deño. Il n'est pas étonnant non plus que dans cette Déclaration l'OEA soit mise au premier rang pour être juge des manquements à la démocratie. Johnson ne disait-il pas déjà pour justifier l'intervention: «Aujourd'hui ces réalisations sont garanties par les troupes de cinq nations qui représentent l'hémisphère. Elles sont sous le commandement du compétent général brésilien Alvim; et pour la première fois de son histoire, l'Organisation des États américains a créé et envoyé sur le sol d'une nation américaine une force militaire internationale pour le maintien de la paix...» Le secrétaire général actuel de l'OEA César Gaviria n'aura donc pas à innover, puisque la plupart de ses prédécesseurs à ce poste ont déjà servi de potiches à Washington.

Il n'est point nécessaire de commenter de long en large le document, puisqu'il y est dit déjà, malgré le terme de «transparence» qui y revient souvent, que: «Nous demandons à nos ministres de s'assurer que les négociations relatives à l'Accord de la ZLÉA soient conclues au plus tard en janvier 2005, et de voir à son entrée en vigueur le plus tôt possible ou au plus tard en décembre 2005...» Il n'y est nulle part tenu compte de l'opinion des Parlements «représentatifs» des pays concernés par cet Accord. Si, excepté le président des Etats-Unis qui devra obtenir l'accord de son Congrès pour activer les négociations. Pour les autres qui n'ont rien à gagner dans cette galère, c'est du tout cuit! Ils étaient en fait venus prendre la dictée. Mais tout cela ne sera pas aussi simple car, comme on l'a vu à Québec, le matraquage publicitaire des «corporate medias» n'arrivera pas à endormir les peuples de l'hémisphère.

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