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25 Avril au  2 Mai 2001


Lavalas et la Convergence crient victoire!

Le IIIe Sommet des chefs d'Etat et de gouvernement des Amériques tenu au Canada du 20 au 22 avril a été une autre occasion pour les acteurs politiques haïtiens de s'activer autour de la crise politique post-électorale. Voulant montrer sa bonne volonté et suivant en cela les signaux lancés par la communauté internationale, la Convergence a organisé le 19 avril à l'hôtel Villa Créole une journée de réflexion. L'objectif, paraît-il, est de relancer le dialogue avec le pouvoir Lavalas.

Significativement l'invité surprise à cette rencontre n'était nul autre que l'ancien général-président, ex-grand manitou du régime duvaliériste, Prosper Avril, qui n'y est pas allé par quatre chemins pour s'afficher: «La première idée de pacte national était venue de moi en 1994... Il faut une pacte national et la réconciliation. On s'achemine vers la réconciliation; ma présence ici le prouve», a déclaré Prosper Avril. La concurrence entre Fanmi Lavalas et la Convergence pour le recrutement des macoutes et des bourgeois patripoches ne connaît plus de fin. Ce Prosper Avril, qui retrouve la Convergence aujourd'hui, avait durant sa présidence de facto, du 17 septembre 1988 au 10 mars 1990, fait matraquer sauvagement plusieurs des leaders politiques de cette même Convergence, tels Evans Paul alias K-Plim et Serge Gilles.

Ces retrouvailles ont raflé gros avec des éléments tels: Jean-Claude Bajeux (dont la famille a été assassinée par les sbires des Duvalier), l'ex-ambassadeur du gouvernement Lavalas, Guy Alexandre; Paul Denis, Hervé Denis de l'OPL, l'avocat néo-duvaliériste Osner Févry, Jean-Auguste Mésyeux, Edgard Leblanc, Martial Célestin, Leslie Manigat, Rigaud Duplan, etc. Qu'est-ce qui peut bien avoir réuni tout ce monde sous le même drapeau, si ce n'est des intérêts de classe? «Ecoutez, pour nous c'est une rencontre fraternelle en tant que membre de la Convergence, mais aussi une rencontre d'envergure nationale. Vous venez de voir la diversité du monde haïtien que nous avons pu réunir en la circonstance», a reconnu Leslie Manigat. Pas si divers que cela pourtant, car il s'agissait du même monde au service des mêmes intérêts, ceux de l'impérialisme et des classes possédantes. Leslie Manigat n'a pas cependant voulu qu'on lui vole totalement la vedette, et il s'est élancé pour indiquer ce qu'Haïti doit aujourd'hui réussir: le processus de modernisation, le processus de démocratisation, le processus de massification et le processus de globalisation.

Fanmi Lavalas, s'est gardé de participer pour le moment à ces débats, même si ses adversaires disent l'avoir invité. Il n'aurait pas détonné dans le groupe non plus, car il a fait provision lui aussi de ses néoduvaliéristes et autres pillards assimilés. Ce n'est donc qu'une question de temps avant la reprise du dialogue. Le temps que le président Aristide revienne avec d'autres instructions du Sommet des Amériques.

D'ailleurs le porte-parole de Fanmi Lavalas, Jonas Petit le disait bien: «L'organisation Fanmi Lavalas a reçu effectivement l'invitation de la Convergence. Nous l'avons analysée et après réflexion, nous avons trouvé qu'il est beaucoup plus dynamique et méthodique pour que la Convergence continue de discuter avec les autres secteurs de l'opposition, de manière à ce qu'ils puissent trouver une position de principe commune entre eux, par rapport aux propositions de compromis que l'organisation Fanmi Lavalas avait faites à l'opposition», a-t-il précisé. Il avait même rendu une visite-éclair, dont on ne sait si elle avait été de courtoisie, à cette «journée de réflexion» de l'opposition.

En dernier ressort, et la Convergence et Fanmi Lavalas sont toujours suspendus aux basques et aux lèvres de la communauté internationale en essayant de faire pencher la balance chacun de son côté. La communauté internationale continue pourtant à temporiser, le temps que les intermédiaires des bourgeois patripoches et des féodaux au service de l'impérialisme en arrivent à former un seul front commun contre le peuple haïtien. «Il faut noter que la démocratie dans certains pays est toujours fragile. Le cas d'Haïti retient notre attention de façon particulière. Nous prenons acte des problèmes qui continuent à limiter le développement démocratique, politique, économique et social de ce pays», a dit à l'issue du Sommet des Amériques le porte-parole du Premier ministre canadien Jean Chrétien qui a salué les efforts déployés par le président Aristide et d'autres secteurs de la vie politique, renvoyant encore presque dos-à-dos les protagonistes. En fin de compte, comme s'il se faisait le messager de George W. Bush, Chrétien a transmis le dossier à l'OEA, qui représente, comme nous ne le savons que trop bien le «ministère des colonies de Washington». «Nous avons demandé au secrétaire général de l'OEA César Gaviria de collaborer avec la Caricom, de tenir des consultations, d'effectuer une visite à Port-au-Prince dans le plus bref délai et de faire rapport des résultats à l'OEA avant la tenue de la prochaine assemblée générale de l'organisation en vue d'assurer un suivi adéquat», a conclu Chrétien.

Il a suffi de ces quelques mots pour que les rivaux, Convergence et Fanmi Lavalas, crient victoire chacun de son côté. Car ce qui compte pour eux, ce n'est pas tant les intérêts du peuple haïtien à défendre à travers la dénonciation d'un plan économique, ni même le principe de souveraineté nationale, mais bien ce que pense le maître étranger de leurs actions sur le terrain en Haïti.

Voulant damer le pion à la «journée de réflexion» organisée par la Convergence, le président Aristide a voulu montrer pour sa part que la «bonne volonté» se trouvait de son côté. «La date prévue pour l'évaluation du processus en cours est fixée pour le 2 mai. D'ici le 2 mai, nous comptons par le dialogue déboucher sur quelque chose de bien substantiel. Du moins de notre côté nous étions prêts, nous sommes prêts. Puissent les autres faire de même pour que le 2 mai prochain nous ayons vraiment quelque chose de bien substantiel que j'appellerais la fin de cette crise», a déclaré le chef de l'Etat à son retour de Québec. Il s'est confondu en appels conciliateurs en lançant un «appel patriotique aux soeurs et frères de l'opposition..., que l'on sache que le coeur est ouvert, ce n'est pas une ouverture diplomatique, c'est une ouverture humaine... Prenez-moi au mot... Nous n'allons pas crier victoire aux vaincus car les vaincus sont des Haïtiens». Aristide doit être assez désespéré pour quémander ainsi à la Convergence, qui renforce la composante macoute en son sein, de bien vouloir accepté ses concessions. Encore que ces derniers ne se considèrent pas vraiment vaincus, vu toute l'arrogance dont ils font encore montre.

En effet, Evans Paul poussait, lui aussi, des cris de victoire: «Cette communauté internationale a tenu M Aristide à la gorge et le place sur haute surveillance de l'OEA selon les termes d'un journaliste canadien... C'est une victoire pour les démocrates haïtiens certes, mais sur le plan international un pays doit parler d'une seule voix. C'est une leçon qui devrait permettre à M. Aristide de comprendre que la communauté internationale est révoltée et n'entend plus continuer à se laisser rouler par ses manoeuvres dilatoires.» Il suffit donc de l'opinion d'un journaliste pour convaincre Evans Paul. Il est vrai qu'au point où sont rendus et la Convergence et Fanmi Lavalas, ils n'ont d'yeux et d'oreilles que pour l'étranger, quel qu'il soit. On avait depuis longtemps compris que cette attitude allait de soi pour la Convergence, mais que Fanmi Lavalas, que le peuple a élu, tourne ainsi le dos à celui-ci, dans une surenchère sans pareil pour obtenir les faveurs de ceux justement qui veulent réduire le pays à néant... Si c'est cela la victoire de ces groupes concurrents, ils peuvent être assurés que le peuple haïtien ne la célèbrera ni avec l'un ni avec l'autre.

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