Actualité politique
Fanmi Lavalas: un choix sans retourCe mardi 10 avril le président de la République et la Première dame recevaient dans la cour du Palais national quelques centaines de pauvres à qui un repas était offert pour l'occasion. Les invités recevaient ensuite des mains du Président et des ministres présents un petit paquet ainsi qu'une enveloppe contenant mille gourdes. «Je ne veux pas que la misère vous fasse perdre l'espoir...», leur déclarait le chef de l'État. Un événement marqué de symbolisme, pourrait-on plaider, mais tout aussi symbolique et significatif était que nombre de pauvres non choisis devaient déguerpir et n'ont pu participer à ces agapes. Cela pourrait servir aisément à démontrer les limites d'un populisme stagnant qui n'a plus pour toutes ressources qu'un paternalisme archaïque. Car si la misère ne doit pas faire perdre l'espoir, faut-il bien que d'autres signes plus que symboliques mais bien concrets ne s'interposent point entre cette misère et cet espoir! Certainement, pour répondre à ceux qui voudraient exercer une critique primaire face à cet énoncé, certainement ce montant de mille gourdes représente une bouffée d'oxygène pour ces centaines de démunis parmi... des millions. Seulement une bouffée cependant, et sans lendemain, puisque ce qui devrait permettre véritablement aux «asphyxiés» de respirer en continu, c'est-à-dire ce qui devrait procurer à l'État des moyens de leur offrir l'éducation, la santé, du travail, etc. est en train d'être bradé sur l'autel du néolibéralisme avec les privatisations des entreprises publiques, et le reste....
En outre ceux qui ont porté Fanmi Lavalas au pouvoir seraient obligés d'assister sans mot dire à l'accaparement de leurs sacrifices par leurs ennemis de classe, par une bande de profiteurs installés au gouvernement non seulement pour symboliser les nouvelles mésalliances de Fanmi Lavalas mais pour matérialiser leur exclusion?
En effet, en tête de file de cette confrérie, nous retrouvons l'ex-ministre des Duvalier et actuel ministre du Commerce Stanley Théard, inculpé pour détournement de fonds (voir Haïti-Progrès, Vol. 19 Nº 1) qui s'active déjà par tous les chemins. À la fin du mois de mars, déjà il signait à la cloche de bois des contrats ou des «accords» avec son homologue dominicain Àngel Lockward; la semaine dernière il était à Buenos Aires à la réunion des ministres du Commerce de l'hémisphère en prévision du Sommet des Amériques qui doit se tenir du 20 au 22 avril prochain dans le camp retranché que deviendra la ville de Québec en cette occasion pour réprimer les protestataires. Quel contrat aura encore signé le ministre Théard à Buenos Aires? Il n'a ni le temps de souffler ni de rien dire, car le 17 avril il devra être à Santo Domingo pour peaufiner sans doute ses projets avec son vis-à-vis sur place, sans que le gouvernement Lavalas prenne la peine de dire à qui que ce soit de quoi il en retourne.
De son côté, l'ex-ministre des Finances de Duvalier et ex-Premier ministre de facto des putschistes Marc Bazin, qui fait office de ministre de la Planification et de la Coopération externe, poste stratégique s'il en est, du régime Lavalas, ne reste point inactif et prend même de grands airs. Le 5 avril, - lui au moins ne se cache pas - il exposait ses projets: «Nous sommes en train, disait-il, de négocier avec le FMI un nouvel accord d'ajustement... Si jamais nous arrivons à négocier avec le Fonds un bon accord et que nous donnions des garanties que nous l'exécuterons convenablement, mois je crois que nous aurons beaucoup de possibilités... Le fait que nous n'ayons pas de débordement de structures, cela nous allège la tâche. C'est un avantage, si le gouvernement décide que telle réforme va se faire, eh bien je ne vois pas pourquoi il y aurait des structures qui viendraient s'y opposer... » (Radio Haïti Inter, 5-04-01). C'est ce qu'on appelle le parler franc.
Ces recrues de Fanmi Lavalas ne sont, comme on peut le constater, pas uniquement là pour marquer «l'ouverture» à l'oligarchie macoute et à la bourgeoisie ou servir de faire-valoir auprès de la communauté internationale. Ils s'inscrivent d'emblée dans la nouvelle orientation, du choix délibéré de Fanmi Lavalas dont les dirigeants ne voient d'autre voie que la concurrence sur le même pied et dans la même ligne que leurs adversaires dans la Convergence démocratique. À la différence que Fanmi Lavalas était le choix du peuple qui ne peut accepter de son côté de s'encanailler à ses dépens pour le simple plaisir de le suivre dans le gouffre. L'alternative?, elle a toujours été là tandis que la décantation se faisait au fur et à mesure que la trahison trouvait des prétextes présentés sous forme de pragmatisme, de réalisme pour s'accommoder du statu quo; l'alternative, elle est toujours vivante, comme le rappelait encore il y a peu Ben Dupuy, secrétaire générale du Parti populaire national (PPN), c'est le renforcement organisationnel pour faire triompher les idéaux populaires du 16 décembre 1990.