Haïti Progrès
24 au 31 Janvier 2001
Actualité politique


La Convergence fait pourrir
le «dialogue»

L'opposition a une fois de plus fait fi d'un revers de main de toutes les ouvertures qui lui sont faites par Fanmi Lavalas. Alors même que les médiateurs se multiplient en vue de faciliter le dialogue prôné par le président élu Jean-Bertrand Aristide, la Convergence démocratique a maintenu la date du 27 janvier pour l'organisation de ses «états généraux» visant à la formation d'un gouvernement provisoire dit de «salut public». Le lieu de ce rendez-vous des conspirateurs aurait été choisi, le Rex Théâtre non loin du Palais national, et y serait prévue la présence de délégations départementales et de l'étranger en sus des invités de secteurs de la vie nationale, dit une note émanant du MPSN. Les participants auraient à y prendre de grandes décisions politiques, comme par exemple l'élaboration d'un programme prioritaire du gouvernement provisoire à former sur papier. «Cela n'a rien à voir avec la lettre que nous avons envoyée à M. Aristide parce que ce n'est pas sa réponse que nous attendons, au contraire nous avons même invité M. Aristide à prendre part à ces états généraux», s'est vanté Sauveur Pierre-Etienne de l'OPL. Ce dernier a fait remarquer que M. Aristide maintenait des relations très particulières avec l'administration Clinton mais que l'administration Bush va appuyer le «retour à l'ordre constitutionnel» et le processus d'«institutionnalisation démocratique». «Nous pouvons dire qu'il y a des relations particulières entre une série de partis ou regroupements de partis au sein de la Convergence avec les Républicains», a affirmé Pierre-Etienne qui continuait à se glorifier d'avoir reçu une lettre d'invitation pour la cérémonie d'investiture du nouveau président George W. Bush. Cela confirme, outre toute une mentalité, que cette opposition n'a d'électeurs qu'au sein de la communauté internationale et point dans le pays.

De son côté, le Premier ministre Alexis a réitéré sa position face aux menées subversives de la Convergence: on ne saurait aller à l'encontre de la volonté populaire librement exprimée au cours des dernières élections. Il a rappelé que l'Exécutif et le président élu Jean-Bertrand Aristide avaient récemment invité l'OEA à relancer sa mission de bons offices en Haïti aux fins de trouver une entente finale entre les protagonistes. «J'espère seulement que tous les acteurs politiques - et là je parle en particulier de l'opposition - pourront répondre à, je dirais, cette demande de dialogue pour que finalement nous trouvions une solution qui puisse prendre en compte les différents intérêts.»

L'un des dirigeants de la Convergence, Leslie Manigat du RDNP, a considéré pour sa part la lettre d'Aristide les invitant au dialogue «comme une nouvelle tromperie pour la consommation internationale». La correspondance incriminée adressée à tous les groupes politiques de la Convergence aurait été remise uniquement à l'OPL, l'Espace et le RDNP, a révélé Leslie Manigat qui se sentirait frustré.

C'est aussi une réponse encore plus intransigeante et impudente que la Convergence a adressée au président élu Jean-Bertrand Aristide: «Nous prenons acte de votre "désir de dynamiser le dialogue et ouvrir des horizons de paix" à un moment où vous regardez, en silence, vos partisans entretenir un climat de terreur dans le pays. Néanmoins, pour en finir avec la crise politique majeure engendrée par les élections contestées du 21 mai et la parodie du 26 novembre, la Convergence démocratique est d'ores et déjà prête. Le Directoire de la Convergence démocratique est disposé à vous rencontrer en tant que chef du parti Fanmi Lavalas, non comme président élu, en terrain neutre, sur la base d'un agenda clair, en présence de la communauté internationale et d'observateurs de la société civile, en vue d'arrêter les voies et moyens pour sortir le pays de la dynamique du fait accompli et le faire rentrer dans le chemin de l'institutionnalisation démocratique et de la paix véritable». Et de conclure par une véritable fin de non-recevoir: «La Convergence démocratique saisit cette occasion pour vous inviter, ainsi que votre parti, aux états généraux qui se tiendront dans la zone métropolitaine vers la fin de ce mois.»

Entre-temps, on continue à passer de médiations - telle celle des représentants du Parti révolutionnaire dominicain (PRD) dont nous avons fait état la semaine dernière - en «commission de facilitation», comme l'annonçait le toujours présent Rosny Desroches. Le 19 janvier, au titre de porte-parole, il disait qu'une vingtaine d'organisations, d'institutions et d'ONG réunies au sein de «l'Initiative de la société civile» avaient décidé de former un regroupement pour faciliter la résolution de la crise avant le 7 février, date de l'investiture présidentielle. Cette fameuse et toute nouvelle commission de facilitation comprendrait cinq membres avec des observateurs de Fanmi Lavalas et de la Convergence. Une «initiative» aussitôt saluée par le nouvel ambassadeur de Washington en Haïti, Brian Dean Curran. Ce dernier, plutôt hâtivement, a dit que son gouvernement appuyait pleinement cette initiative et se tenait prêt à apporter son concours. Loin d'être une commission de facilitation, elle joue plutôt en ces circonstances le rôle d'un échafaudage relais. La Convergence a en effet épuisé les artifices visant à masquer son refus de tout dialogue et sa volonté de persévérer dans des manoeuvres illégales de toutes sortes.

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