Haïti Progrès
24 au 30 Janvier 2001


L'opposition abrite-t-elle
des poseurs de bombes?

Outre les nombreux assassinats enregistrés au cours de la semaine dernière, les attentats à la bombe - qui avaient marqué la période précédant les élections présidentielle et sénatoriales du 26 novembre 2000 - ont repris à deux semaines de l'investiture présidentielle du 7 février 2001. Quatre engins ont explosé à Port-au-Prince et Pétion-Ville le vendredi 19 janvier, faisant cinq blessés dont un grièvement. L'explosion à la place St-Pierre près du lycée de Pétion-Ville a semé la panique parmi les élèves. L'enquête ouverte par le commissaire de police local Claude Eugène Théodat a conduit à l'arrestation du nommé Etzer Cameau qui aurait fait des aveux, selon lesquels il travaillerait pour un secteur de l'opposition.

«Nous laisserons la police et la justice faire leur travail, mener de bonnes enquêtes, de bonnes investigations, mais déjà il y a des noms qui sont cités, et nous laisserons à la police elle-même et la justice communiquer à la population ces noms. Mais ce que nous pouvons dire au peuple c'est qu'effectivement les noms cités sont ceux de personnes appartenant certainement à l'opposition», a déclaré le Premier ministre Alexis qui estime que «quelqu'un serait vraiment au désespoir pour prendre l'initiative de se lancer dans de pareils crimes». Le maire de Pétion-Ville Sully Guerrier a aussi demandé à la police de prendre les mesures nécessaires pour contrer et les exécutants et les auteurs intellectuels de ces actes.

Alexis a aussi réclamé à nouveau l'appui du peuple pour mettre fin à ces actions criminelles: «Vous autres, peuple haïtien, encore une fois je vous demande de rester vigilant; veillez en haut; veillez en bas car le malheur ne peut pas continuer à s'abattre toujours sur vous. Vous connaissez le proverbe qui dit qu'ensemble nous sommes forts, effectivement ensemble on est fort et nous ne le montrerons que quand nous nous mettrons ensemble pour aller chercher avec la police tout individu, toute équipe, tout groupe responsable de cette insécurité politique dans le pays.» Le porte-parole du Mochrenah Ernst Colon, membre de la Convergence a rapidement réagi à ces propos en spéculant que les agents de l'insécurité politique travaillent pour le gouvernement. Il a cru devoir rappeler que le Premier ministre avait promis de publier la liste de personnes impliquées dans la tentative de coup d'Etat - alors qu'il avait présenté à la télévision 19 présumés poseurs de bombe - et qu'il n'y a eu jusqu'à présent aucun suivi judiciaire. Concluant tout aussi vite qu'il s'agit d'un coup monté, Ernst Colon a déclaré: «Nous ne céderons pas sous les pressions ni les intimidations. Etant donné que nous sommes en période carnavalesque, nous disons: mardi-gras nous n'avons pas peur de vous, vous perdez votre temps.» Et pour finir il a annoncé avec son confrère, l'ex-sénateur OPL Paul Denis, la tenue prochaine des «états généraux» qui doivent aboutir à un gouvernement alternatif provisoire.

Si l'alliance macouto-bourgeoise nie être à l'origine - directement ou indirectement - des actes terroristes, son organe par excellence Haïti-Observateur semble vendre la mèche en annonçant: «Ceux appelés à inspirer la politique de la prochaine administration républicaine à l'égard d'Haïti doutent de la cérémonie d'investiture prévue pour le 7 février 2001. En effet, sans fournir de détails, les architectes de la politique haïtienne de l'administration Bush n'écartent pas les possibilités d'événements mettant en doute l'intronisation de Jean-Bertrand Aristide, soulignant que de tels inconvénients pourraient se manifester sous forme d''ajournement' ou bien encore ce qui est plus probable par 'la perturbation' ou des affrontements violents» (Haïti-Observateur Vol 32, Nº 3). Perturbation, affrontements, ajournement, n'est-ce pas exactement ce que l'on en est en train de tramer actuellement en Haïti avec les poseurs de bombes reprenant du service?

Dans un communiqué de presse, la Fondation 30 septembre dresse ce tableau de la conjoncture politique: «les macoutes s'agitent à Miami, en Haïti l'alliance macoutes-faux démocrates se renforce, les anciens militaires fourbissent leurs armes, les putschistes locaux multiplient les contacts avec le secteur conservateur de l'armée dominicaine, la terreur recommence, le groupe de Convergence prépare un coup d'Etat de connivence avec un secteur de la communauté internationale». Son porte-parole Lovinsky Pierre-Antoine a donc demandé au ministre de la Justice Camille Leblanc et au peuple haïtien de se mobiliser pour préparer le 7 février 2001.

Le gouvernement ne peut plus hésiter à agir pour protéger la population et rejeter le chantage des commanditaires de la terreur prêts à crier à la dictature aussitôt qu'une convocation les intimerait à répondre à certaines questions. Le Premier ministre Alexis a affirmé que l'enquête est en bonne voie et que le criminel appréhendé a mis la police sur la piste de ses chefs ou de ses associés. Pendant ce temps, la menace se précise clairement avec la dernière déclaration du leader du Konakom pour «justifier» n'importe quelle atteinte à la légalité. Même si son argumentation est à l'évidence plus que boiteuse: «En 1991 Aristide avait été élu président; en septembre 1991 le coup d'État contre lui l'a obligé à prendre l'exil. Et en 1994 il était revenu avec 20 mille hommes de troupes de l'ONU sous la bannnière des Etats-Unis, donc c'était quelque chose d'extra-constitutionnel qu'il avait fait.» Si l'on suit bien le «cours de droit» sui generis du professeur Victor Benoît, il faut bien qu'il trouve, lui aussi, un moyen «extra-constitutionnel» qu'il se garde encore de révéler. Entre-temps, des «bénévoles» se chargent de préparer le terrain pour le grand jour!

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