Haïti Progrès
3 au 9 Janvier 2001


Célébration du 1er janvier 1804

Suivant la tradition, le président René Préval a célébré le 197e anniversaire de l'indépendance d'Haïti ce premier janvier 2001 dans la Cité de l'Indépendance, aux Gonaïves. «Peuple haïtien, vous venez de voter pour dire qui vous voulez vous diriger. Mais ne croyez pas que la bataille est terminée, elle vient de commencer. A côté de la guerre économique que nous allons subir, la guerre politique, la guerre diplomatique que nous allons subir, la plus grande attaque qu'essuiera Lavalas c'est le mensonge historique. Aujourd'hui, que ce soit ceux qui exploitaient le pays avant l'indépendance, vous voyez de qui je parle; que ce soit ceux qui ont exploité le pays après l'indépendance, vous voyez de qui je parle...», a dit avec une fougue peu habituelle le président qui aura su profiter de son prochain départ de la Présidence. Il a rappelé comment le coup d'Etat de septembre 1991 et le blocage parlementaire de 1995-2000 ont ralenti Lavalas dans sa course au développement national: «Quand l'ennemi nous dira que le pays est en mauvais état, demandez-lui ce qu'il a fait pendant ses 200 ans au pouvoir... Quand ils disent qu'il n'y a pas d'éducation, demandez-leur combien d'écoles ils ont construites pendant leur règne de 200 ans. Et puis vous pouvez vous battre la poitrine ou aller les montrer, les 155 lycées que nous autres avons construits», a déclaré Préval qui insistait un peu trop sur cette question des 200 ans depuis l'indépendance. Il n'a pas non plus hésité à s'identifier aux idéaux originels du mouvement Lavalas. «Peuple haïtien, organisez-vous pour que Lavalas reste toujours Lavalas... Justice-Transparence-Participation, c'est le coeur, c'est le sang de Lavalas. C'est la condition de la victoire finale», a-t-il conclu. Mais il aurait pu s'arrêter à sa première tirade qui lui faisait honneur. En effet, question «transparence», le peuple n'a rien su ni rien vu des derniers accords qui ont été passés à la va-vite au Parlement. Tout comme celui qu'il a lui-même a signé avec la secrétaire d'État Madeleine Albright (voir Haïti Progrès de la semaine dernière).

D'autre part, cette journée du 1er janvier a été marquée par des activités culturelles mises remarquablement sur pied par la secrétairerie d'Etat à la Jeunesse, au Sport et au Service civique (SEJSSC) dans l'aire du Champ-de-Mars. Pendant deux jours, les 31 décembre et 1er janvier, la place Pétion a été le centre de spectacles pour enfants; la place Dessalines fut réservée à la foire gastronomique organisée par le ministère de l'Agriculture et à une foire artisanale; la place Capois-La-Mort a été retenue pour un grand cyber-café mis à la disposition des jeunes tandis que la place Christophe accueillait les autres activités. On a pu également assister à des scènes historiques sous forme de chorégraphies exécutées par de jeunes artistes, avec la collaboration de professeurs d'art cubains qui en peu de temps ont su mettre sur pied un spectacle époustouflant. Le président René Préval, de retour des Gonaïves, est venu saluer le public sur la scène où évoluaient des groupes. Un grand défilé des unités de la Police nationale et une parade sur les pelouses du Palais national couronnaient le tout.

Cette célébration a aussi permis à des jeunes d'exprimer publiquement leurs aspirations, témoignant ainsi du progrès en cours des préoccupations socio-politiques de la nouvelle génération. Marrassé Elien de Cité Soleil et Darlène Antodor du lycée de Pétion-Ville ont choisi la forme de dialogue pour une déclaration de la jeunesse: «Qu'avons-nous fait de notre foi d'abattre l'oppression, qu'avons-nous fait de notre rendez-vous avec l'histoire? Qu'avons-nous à dire aujourd'hui du droit des peuples à l'auto-détermination, du droit à la vie? Que sommes-nous devenus dans la globalisation que les sociétés post-industrielles nous imposent? Qui sommes-nous? Qu'est-ce que nous pouvons faire?» s'est demandé Elien. Et Antodor de reprendre: «Si en 1991, le bicentenaire du premier congrès politique des esclaves connu sous le nom de cérémonie du Bois-Caïman était passé quasiment inaperçu et n'avait aucun écho dans les milieux populaires, nous ne pouvons aujourd'hui... nous n'avons pas le droit de nous taire ni de faire taire l'histoire.» Agir contre le silence de l'histoire officielle, refuser les matériaux idéologiques des classes dominantes, l'exclusion sociale, l'exploitation... Ils ont terminé leur discours par la volonté de faire entrer Haïti dans l'universel mais en tenant compte de notre culture, et clamant la nécessité de bâtir une Haïti nouvelle.

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