Haïti Progrès
27  Décembre  2000  au  2 Janvier 2001


Les adieux sans surprise de Préval

Pour la dernière fois de son mandat, le chef de l'Etat René Préval a reçu officiellement au Palais national, à l'occasion des festivités de fin d'année, le corps diplomatique et les hauts responsables de l'Etat. A cette rencontre du 22 décembre, le doyen du corps diplomatique, le nonce apostolique Luigi Bonazzi a formulé ses voeux pour le peuple haïtien: «Au seuil de ce troisième millénaire, le peuple haïtien martyr cherche sa voie en se posant des questions, parfois avec hésitation et tâtonnements, mais nous sommes persuadés qu'il finira par trouver la bonne route, celle de l'entente, du dialogue vrai, de l'oubli et du dépassement de soi, même pour atteindre le sommet de la liberté, de l'égalité et de la fraternité. La fraternité surtout inspirée par le cri fédérateur 'l'Union fait la force'. Il est naturel et spontané de souhaiter qu'entre tous les secteurs de la scène politique du pays s'établisse sans tarder un pacte de fraternité pour Haïti, qui place le bien d'Haïti au-dessus de tout intérêt partiel, qu'il soit individuel, de groupe, de classe ou de parti...» Dans son allocution pour la circonstance, le président Préval a pour sa part déclaré: «J'ai le privilège de vous rencontrer dans de pareilles circonstances pour partager nos espérances et nos craintes... Que l'année nouvelle, en conformité avec ces voeux exprimés a l'avènement du nouveau millénaire, apporte à l'humanité ce dont elle a le plus besoin: le progrès, la paix, la justice sociale, la solidarité dans la démocratie et, je répète avec Monseigneur, la fraternité.» Le 21 décembre, celui-ci avait passé en revue son mandat, en présence du cabinet ministériel, des directeurs généraux de la Fonction publique, des parlementaires et des hiérarchies des Églises catholique et protestante. Il avait dressé un bilan positif de son administration, malgré, disait-il, les crises politiques qui ont handicapé des projets de développement et bloqué des investissements publics et privés: «Nous avons progressivement mis en place une société dans laquelle l'Etat n'est plus l'ennemi irréductible des libertés comme cela a été presque le cas. Nous travaillons à faire en sorte que nul ne soit au-dessus de la loi comme le montrent par exemple tous les efforts pour rendre possible la tenue des procès de Carrefour-Feuilles et de Raboteau qui, je l'espère, devront être suivis de ceux des sirops Valodon, de l'assassinat de Jean Léopold Dominique, des responsables du rapt du bébé de Nanoune Myrthil à l'Hôpital général...», a dit le président haïtien qui a prodigué sous forme de souhaits les conseils suivants à son successeur: persévérer pour consolider les acquis, créer un climat d'apaisement favorable aux investissements et reconnaître la primauté des exigences constitutionnelles. «Ce qu'il faut nous faut pour aller de l'avant: il faut rompre avec le cycle de l'auto-déséspérance dans lequel on voudrait nous enfermer, c'est de laisser de côté nos interminables et stériles querelles», a-t-il conclu.

L'ambassadeur canadien Gilles Bernier a plutôt favorablement répondu à ces souhaits en déclarant: «Nous souhaitons qu'on trouve la paix dans les coeurs, dans les esprits, et que l'an 2000 soit une année formidable pour Haïti, une année de développement, une année où tous les gens pourront s'entendre sur un plan, un projet de société. Nous avons toujours eu un programme de coopération importante avec Haïti... et que nous allons continuer. Et nous allons sûrement pour le mieux être du peuple haïtien contracter des projets qui sauront répondre a leur attente.» Tout aurait donc baigné dans l'huile, n'était-ce l'intervention du représentant de la Fédération protestante d'Haïti, Edouard Paultre qui paraissait vouloir saisir cette occasion pour se faire l'interprète ou l'intermédiaire des politiciens de l'opposition: «Aujourd'hui cette paix passe par un accord politique avant le 7 février 2001.» Des récriminations en faveur d'un groupe d'individus, alors que cette paix sociale, nécessaire certes au développement économique, est plutôt fonction de la défense des intérêts nationaux, et non pas en tentant de faire abstraction des intérêts divergents des divers groupes socio-économiques.

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