Actualité politiqueHaïti Progrès
9 au 15 Août 2000
Menaces de sanctions en
guise de pressions...?La controverse entre les autorités haïtiennes et la communauté internationale autour des résultats des élections du 21 mai se poursuit. De son côté le président de la République René Préval profite toujours de ses moindres sorties publiques pour marquer une fermeté inhabituelle. Sans oser se l'avouer ouvertement les pays dits amis d'Haïti lancent des signaux plutôt ambigus qui, tout en laissant croire à de possibles sanctions, montrent en fait que les discussions réelles se mènent en coulisses et qu'elles concernent d'autres points que les élections spécifiquement. La fermeture par les Etats-Unis d'Amérique du programme d'assistance, que l'ICITAP fournissait à la Police nationale d'Haïti, ne peut être considérée comme une sanction comme l'expliquait le ministre de la Justice Camille Leblanc. Comme nous l'avions dit dans une de nos précédentes éditions, c'est plutôt l'Union européenne qui s'est mise à la traîne de la France pour brandir des menaces. Du côté de l'ONU, l'envoyé du Secrétaire général s'était contenté de dire qu'il présenterait son rapport sur le sujet à la prochaine Assemblée générale de l'Organisation. Et l'expert indépendant des Nations unies Adama Dieng n'a-t-il pas fait remarquer au cours de sa visite la semaine dernière qu'il ne pouvait être question uniquement d'élections en Haïti? L'OEA pour sa part a accepté, sur la demande du gouvernement haïtien, d'envoyer une mission chargée d'explorer les moyens de renforcer la démocratie en Haïti. Cette mission sera conduite par le secrétaire général de l'organisme régional en personne, César Gaviria.
En fait les menaces de sanctions sans être effectives ont certainement un effet négatif qui contribue à alourdir l'atmosphère et à accroître l'instabilité générale. Il est évident alors qu'elles, ces menaces, ne sauraient laisser la population indifférente. C'est ainsi que le 1er août, le KIOP, une organisation populaire a tenu un sit-in devant l'ambassade des Etats-Unis à Port-au-Prince. «Nous avons organisé ce sit-in pour protester énergiquement contre toutes les menaces de sanctions et les pressions que la communauté internationale et notamment le gouvernement des Etats-Unis exercent sur le gouvernement haïtien pour le forcer à violer les droits du peuple en changeant les résultats des élections du 21 mai», a déclaré un des porte-parole.
Le sénateur élu du département du Sud, Yvon Feuillé, a estimé que la communauté internationale n'a aucune provision légale pour imposer des sanctions quelconques à Haïti qui ne s'est rendue coupable ni de violations de droits humains, ni de soutien au terrorisme international ni de crimes contre l'humanité. Pour sa part, l'archevêque coadjuteur de Port-au-Prince et administrateur apostolique sede plena, Mgr Serge Miot, considère que les élections du 21 mai ont été le meilleur moyen de combler le vide institutionnel dans le pays.
Après le grand tapage médiatique fait autour de la prétendue coupure de l'aide japonaise à Haïti, l'ambassade du Japon à Port-au-Prince a fait paraître un communiqué précisant que son gouvernement n'a jamais pris de sanctions contre Haïti ni annulé son assistance financière. Sauf que l'exécution du programme d'aide - comme le transport de vaccins contre la polio - a été suspendue provisoirement en raison de problèmes de transport. Néanmoins, les Japonais ont avisé que si l'ambiance post-électorale surchauffée persiste, ils pourraient reconsidérer leur aide à Haïti. En attendant, le représentant haïtien auprès de l'Agence japonaise de coopération internationale, Alix Jacques, a annoncé la signature d'un accord entre cette dernière et le gouvernement haïtien, portant sur 15 mille tonnes métriques d'engrais.
Certaines organisations internationales ont aussi élevé la voix pour rétablir les faits concernant les élections du 21 mai. C'est le cas de Global Actions, une ONG des Etats-Unis affiliée à une coalition d'observateurs internationaux qui avaient supervisé ces élections. En visite en Haïti, plus précisément à Jacmel, la responsable de cette organisation de droits humains, Moira Fenny a déclaré: «Ils étaient là en Haïti depuis février... l'IFES aussi, qui fait partie de la communauté, était là, ils avaient travaillé avec le CEP. Et puis ils ont eu toutes les informations qu'ils voulaient. S'ils avaient eu un problème avec le système, ils auraient dû le dire bien avant...» Une position qui retrouve celle de l'expert indépendant de l'ONU pour les droits humains, Adama Dieng, qui a estimé que vu l'état déplorable de l'économie haïtienne, la crise électorale artificielle ne pourrait justifier l'imposition par la communauté internationale de sanctions économiques contre Haïti. «Les gens vont très vite en besogne. Imposer un embargo aujourd'hui à Haïti, ce serait de mon point de vue une erreur extrêmement grave», a dit Dieng qui a souligné que cette crise appartiendra bientôt au passé. «Un pays ne peut pas être en campagne électorale permanente», a conclu le diplomate d'origine sénégalaise.