Haïti ProgrèsLe Corps diplomatique
19 au 25 Avril 2000
fait de la surenchèreDeux jeunes hommes, Black Kiki et Désir ainsi connus, ont été tués par balles par deux individus identifiés comme des policiers en civil par des témoins. Ce événement s'est produit près du Parc Ste-Thérèse à Pétion-Ville dans l'après-midi du 17 avril. D'après de nombreux témoins, Désir et Black Kiki sont intervenus pour tenter de dissuader, en discutant avec eux, les deux «policiers» d'exécuter une personne, leur expliquant qu'ils ne pouvaient encore une fois venir jeter des cadavres dans le ravin tout proche. Ce n'était donc pas la première fois que ces deux individus utilisaient ce ravin comme cimetière pour leurs victimes. Les dits policiers ont alors abattu Désir et son compagnon, blessant par la même occasion une troisième personne. Cet événement, on le comprend bien, a soulevé l'indignation et l'ire des habitants du quartier qui se sont mis de rage à lancer des pierres, à ériger des barricades enflammées, bloquant la circulation automobile, et ils ont tenté de lyncher les deux suspects du double meurtre.
Évidemment dans cette émeute, plusieurs voitures ont reçu des jets de pierre. C'est ainsi que l'épouse de l'ambassadeur d'Espagne, madame Alicia Martinon de Matos a eu les vitres de sa voiture brisées et, fort heureusement elle n'a eu des blessures superficielles causées par les éclats de verre, comme le rapportait lui-même son époux l'ambassadeur.
Pourtant, le lendemain au petit matin, rameuté par on ne sait qui, c'est à peu près l'ensemble du Corps diplomatique accrédité en Haïti, dont les ambassadeurs d'Espagne, du Chili, de Taïwan, d'Argentine, du Venezuela, le chargé d'affaires des Etats-Unis, le Nonce apostolique, qui se sont rendus au ministère des Affaires étrangères pour aller se plaindre au ministre Fritz Longchamp. Même après les excuses, on suppose, du chef de la diplomatie haïtienne, battant la grosse caisse, ils se sont tous dirigés vers le Palais national où ils ont à coup sûr ravivé leur chantage concernant le «climat de violence» qu'ils dénonçaient déjà à tort et à travers en voulant tenir le gouvernement pour responsable.
Dans le contexte, cet événement malheureux qui ailleurs passerait presque pour un fait divers a fourni un prétexte de plus à la «communauté internationale» pour acculer encore plus un gouvernement qui plie déjà sous ses pressions indues. Il est évident que le comportement des représentants de ces légations étrangères est inacceptable, mais sans aucun doute, par crainte d'être l'objet de «représailles» de la part du meneur, ils n'ont pu faire autrement que le jeu de la surenchère. Il faut souligner que le climat de soumission habituel dans lequel le gouvernement haïtien s'enlise encourage de tels comportements. On a pu remarquer encore depuis la semaine dernière un obscur Paul «machin» Cozigon, se disant délégué par le secrétariat international du Parti socialiste français, vouloir dicter sa loi sur les ondes avec la complaisance des médias.
De tels actes peuvent aussi être considérés comme une conséquence de la façon dont l'ICITAP aux ordres de Washington avait pris en main en 1995 et après - mettant à l'écart le gouvernement haïtien lui-même - le recrutement des agents de la nouvelle force de police. C'est ainsi que toute une série de putschistes et autres violateurs de droits humains avaient pu s'incorporer à la PNH. Et comme on peut le voir, ces individus infiltrés par leurs patrons dans la Police ne sont pas tout à fait étrangers au climat d'insécurité qui régne dans le pays.
Pour finir, notons que la Police n'avait pas encore nié que les deux assassins étaient bien des policiers au moment où elle annonçait qu'ils avaient été arrêtés.
Il est curieux et cela porte même à se poser incidemment bien des questions: par exemple est-ce que «la communauté internationale» en serait arrivée à souhaiter qu'un accident survienne à une personnalité étrangère pour parvenir à ses fins?